• extrait de Atlantico

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    Vers un conservatisme à la française : ce 3ème pôle qui émerge à droite

    avec Christophe Boutin

    Atlantico : Marion Maréchal a annoncé ce vendredi vouloir refaire de la politique et “pencher” vers Eric Zemmour plutôt que vers Marine Le Pen. Ce ralliement potentiel pourrait-il marquer un tournant dans une recomposition de la droite nationale et plus largement de la droite ?  

    Christophe Boutin : Ce ralliement potentiel n'est pas en soi une grande surprise, il faut bien le dire. Dès son élection aux législatives de 2012, Marion Maréchal a cherché à représenter au sein du Front national d’alors un courant conservateur. Mais elle n’était pas en phase avec les attentes de l'équipe dirigeante, qui, dans sa logique de regroupement de la France du « non », c'est-à-dire de tous ceux, souverainistes de droite comme de gauche, qui s'étaient opposés au traité européen en 2005, considéraient cette approche comme contre-productive.

    Mais Marion Maréchal a toujours considéré qu’avant même peut-être de se battre pour cette souveraineté à refaire, il fallait se poser la question de savoir qui devait redevenir souverain : à quoi bon en effet la souveraineté si elle est celle d’un groupe fragilisé par des oppositions internes majeures ? C'est toute la question de la primauté de la question identitaire que posait la jeune parlementaire dès cette époque.

    Quelques années plus tard, la même Marion Maréchal s’écartait de la politique pour se lancer dans la création d'une école. Là aussi, les choix n'étaient pas neutres. Considérant que les élites françaises étaient plutôt déformées que formées par les idéologies qui dominaient dans leurs filières de formation, elle avait vu venir les délires « woke » et souhaité créer sa propre structure d'enseignement supérieur. C’est donc la même logique, métapolitique, pour laquelle la reconquête du pouvoir passe avant tout par le combat des idées.

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    Retrouver et diffuser les principes et les valeurs fondant l’identité nationale comme indispensable préalable pour changer de politique, on aura remarqué la convergence entre ce « gramscisme de droite » et les thèses d’Éric Zemmour. Il était donc logique que les deux se rencontrent, comme ils s'étaient d'ailleurs rencontrés lors de la Convention de la droite (2019), moment fort de la réunion d’une droite conservatrice qui vit, pourrait-on dire, l'acte de naissance en politique d'Éric Zemmour.

    Un apport aujourd’hui ? Il est certain que Marion Maréchal a conservé une excellente image. Manifestement intelligente, ayant un discours très construit, sachant jouer des médias, assumant des choix très affirmés, ne cherchant pas systématiquement le conflit et n’ayant pas comme seul but de se conserver une place au soleil, elle apporte une certaine fraîcheur. Sa personnalité peut pousser d’autres personnes à suivre le même chemin. Mais son poids est d’ores et déjà tel que ce ralliement qu'elle pourrait faire - car elle ne l'a pas encore fait – ne peut déboucher qu’à sa participation au premier rang dans cette nouvelle offre partisane qui contribuerait à la reconstruction d'une droite en France, et il va falloir que chacun trouve sa place .

    Un troisième centre de gravité pourrait-il naître à droite ? Avec Valérie Pécresse, Eric Zemmour et Marine Le Pen incarnant trois offres politiques distinctes, quels clivages pourraient alors structurer les droites ?

    Nous sommes effectivement très certainement en train de voir naître une troisième composante de la droite, à côté des deux existantes, celle des Républicains et du Rassemblement national – un créneau qu’avaient tenté de prendre des personnalités comme Jean Lasalle ou, surtout, Nicolas Dupont-Aignan, sans y parvenir.

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    Certains parleront d’un retour à la vieille distinction de René Rémond entre trois droites différentes : la droite légitimiste, foncièrement contre-révolutionnaire ; la droite orléaniste, beaucoup plus proche des libéraux ; la droite bonapartiste enfin, celle d’un pouvoir fort reposant sur le suffrage universel. Une division qui a parfois été contestée, notamment quand il devenait très difficile de qualifier le FN (légitimiste en mœurs – encore que… -, bonapartiste en institutions et orléaniste en économie) ou LR (avec une base légitimiste et bonapartiste et des élus ouvertement orléanistes).

    Mais il semble aujourd’hui possible de distinguer trois droites différentes, qu'incarneraient les trois personnes que vous évoquez.

    Valérie Pécresse, représente de manière quasiment pure une droite progressiste, à vocation centriste – on le voit avec ses alliances -, européiste, libérale dans tous les sens du terme - en économie, acceptant les principes de la mondialisation, mais aussi sur le plan des mœurs, en faisant droit aux revendications des diverses minorités. En ce sens, elle retrouve un certain nombre des éléments du discours d'Emmanuel Makro, et les deux, la gauche progressiste de Macron et la droite progressiste de Valérie Pécresse, auraient vocation à occuper le centre de l'échiquier politique français, repoussant le plus possible leurs opposants aux extrêmes, et alternant au pouvoir pour y mener des politiques assez semblables.

    La deuxième droite, représentée par Marine Le Pen, pourrait être qualifiée de droite populiste. En Europe occidentale de nos jours - car les choses ont pu être différente à une époque en Russie, ou à une autre en Amérique du Sud -, le populisme est avant tout la réaction viscérale de peuples qui sentent que les élites appliquent une politique qui n’a plus rien de commun avec leurs attentes, qui en vient même à les menacer directement dans leur survie, et qui aimeraient « reprendre la main ». La base populaire regroupée derrière Marine Le Pen, et dont on voit bien la réalité dans les sondages - avec d’ailleurs de nombreux transfuges de la gauche, qui estiment que cette dernière les a abandonnés au profit d'autres populations récemment présentes sur le territoire -, relève de cette catégorie.

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    Éric Zemmour, enfin, incarne cette droite conservatrice… dont n’ont pas voulu les deux autres. On ne dira en effet jamais assez que, comme l’explique lui-même l’essayiste, il n’est entré en politique que pour combler un vide. Nous avons vu, en évoquant Marion Maréchal, le cas du RN, qui a écarté ce que cette dernière avait vocation à incarner dans ses rangs. De l'autre côté, chez les Républicains, la ligne conservatrice, qui vient de se manifester avec les résultats d’Éric Ciotti à la primaire, mais dont on avait aussi vu la puissance avec l'arrivée sur le devant de la scène de François Fillon en 2017, toujours utilisée à des fins électorales, a aussi toujours été systématiquement roulée dans la farine, de Jacques Chirac à Valérie Pécresse, en passant bien sûr par Nicolas Sarkozy. Ce n’était pas grave, pensait-on : l’impossibilité de voter pour le diable extrémiste et l’absence d’une autre offre condamnait l’électeur conservateur à adouber des élus progressistes.

    La nouveauté, c’est donc qu’Éric Zemmour, en osant franchir le pas, et grâce à sa personnalité et à son audience, a suscité un tel élan que les conservateurs déçus des deux bords le rejoignent : avant Marion Maréchal, il y eut le ralliement de l’ancien « Sens commun », devenu… le « Mouvement conservateur », branche conservatrice de LR qui n’a plus supporté la situation, ou celui de Jean-Frédéric Poisson, conservateur chrétien qui préside Via - La voix du peuple.

    De quoi s’agit-il ? D’un simple rassemblement de seconds couteaux, d’aigris, de laissés pour compte ? Des manœuvres politiciennes de ceux qui trouvent l’herbe – potentiellement – plus verte dans le champ d’à côté ? Ou, au contraire, de ce sentiment partagé que la situation est grave pour le pays au point qu’il faille casser les cadres et oser transgresser les interdits ? Personne ne niera que, dans le lot, il y a dans doute des ralliements intéressés, mais on ne peut que remarquer, en termes d'histoire des idées politiques, que le mouvement vient ici combler un manque, celui d’une véritable force conservatrice.

    Or celle-ci est effectivement indispensable, car la doctrine, la doxa au pouvoir, celle du pouvoir politique, mais celle aussi du pouvoir culturel – médias, enseignement -, représentée et assumée par l’actuel président de la République, est la doxa progressiste. Un progressisme en face duquel le conservatisme est le seul à présenter une doctrine construite, des éléments d’opposition dans tous les domaines, une sensibilité politique différente. Mais encore faut-il pour cela en définir très clairement les contours.

    De quelles manières les résultats des élections présidentielles pourraient-ils faire tanguer les partis établis que sont  LR et le RN ? Faut-il plutôt scruter les chiffres de législatives pour comprendre ce que sera la droite post 2022 ?

    Exercice difficile de politique–fiction que celui que vous me proposez là, mais tentons-le. Je pense d’abord qu'il faut certes imaginer l'impact du premier tour des élections présidentielles, mais, vous avez tout à fait raison, se projeter aussi au-delà, et imaginer ce qui pourrait advenir au moment des législatives, et même après, pendant le quinquennat qui vient. Car la restructuration à laquelle nous assistons va demander plus que quelques mois.

    Le premier tour des présidentielles d'abord. Le représentant de l’un de ces trois courants de droite que nous avons évoqués, Valérie Pécresse, Éric Zemmour et Marine Le Pen, a aujourd'hui de fortes chances de se retrouver face à Emmanuel Macron au second tour. Écartons ici l'hypothèse de leur éventuelle victoire alors, pour n'examiner que l'impact du premier tour.

    Les choses sont ici plus dangereuses pour le parti de Valérie Pécresse. Elle dispose de la structure politique la plus conséquente, avec le plus grand nombre d'élus, aussi bien au niveau national qu'au niveau local, et est donc attendue au tournant. Mais elle et son parti sont aussi les moins éloignés d’Emmanuel Macron - on l'a bien vu avec les transfuges de 2017. Si donc Valérie Pécresse ne se retrouvait pas au second tour de l'élection présidentielle, et ce qu’elle soit deuxième ou troisième de ce trio de droite, un doute existentiel pourrait agiter un certain nombre de cadres LR, qui pourraient estimer préférable de quitter le navire, soit, pour certains – dont peut-être la candidate elle même -, pour rallier les rivages de la macronie, soit, pour d'autres, pour tenter une alliance avec ce parti émergent que serait Reconquête. Reconquête devra se poser sérieusement la question de savoir, parmi ces chevaux de retour, ceux qui lui seraient utiles et ceux qu’il ne faudrait surtout pas récupérer.

    Pour Marine Le Pen, les choses pourraient être moins tendues, car le RN ne disposant pas d'autant d'élus il fait encore figure d'outsider, et l’on n'attend pas nécessairement de lui les mêmes résultats. Mais on a un peu l'impression que, pour la présidente du Rassemblement national, c'est la dernière chance, et on a cru comprendre que, dans l'hypothèse d'un échec, elle pourrait céder la direction du parti - vraisemblablement après les législatives, pour ne pas risquer le célèbre « effet Jospin » de 2002. Reste qu’au-delà du devenir propre de sa présidente, c’est tout le parti qui sortirait fragilisé si, non seulement, elle n’est pas présente au second tour, mais encore si elle est aussi doublée par Éric Zemmour. Le départ de cadres proches des idées conservatrices, mais qui ont choisi de rester au RN par fidélité, et ce alors même que la petite équipe au pouvoir ne leur laisse que bien peu de marge, pourrait alors très bien avoir lieu entre la présidentielle et les législatives, là aussi en direction de Reconquête.

    Celui qui a donc le moins à perdre dans ce premier choc de la présidentielle, c'est Éric Zemmour. Même si, effectivement, les médias le mettent haut et qu’il se retrouve nettement plus bas, la question du maintien du soutien de ceux qui sont maintenant derrière lui ne se pose pas : même après un échec à la présidentielle il n’y aura qu’un coup d’arrêt modéré, et tout le monde aura à cœur de reprendre l’élan donné en vue des législatives.

    Se pose alors, dans ce passage de la présidentielle aux législatives, la question non plus de la fidélité des cadres, mais de celle des électeurs. Et cette fois c’est pour Éric Zemmour que le risque est le plus grand, et pour LR qu’il est moindre, car le fait de disposer d’élus connus et reconnus est un avantage, dont ne disposera qu’à la marge Reconquête avec des ralliés. Cela a l’air d’une banale évidence, mais effectivement, mieux Zemmour sera placé au premier (et second ?) tour de la présidentielle, et plus ses candidats engrangeront des voix au premier (et second ?) tour des législatives.

    Mais les choses ne sont pas forcément plus simples pour Valérie Pécresse si elle est deuxième – ou troisième ! – au premier tour de la présidentielle. On a évoqué en effet le risque d’implosion d’un parti dont certains cadres rejoindraient LREM, ou, au moins, la majorité macronienne, et d’autres Reconquête, pour sauver leurs sièges. Certes, l’électeur est fidèle. Certes, pour l’instant – et c’est d’ailleurs pourquoi cet assemblage de bric et de broc, mêlant des gens qui, idéologiquement, ont fort peu à partager, tient encore – LR est une bonne boutique électorale. Mais si Zemmour est devant Pécresse, un doute sera sans doute permis chez les électeurs dans certaines circonscriptions. Quant au RN, les électeurs pourraient se lasser d’un système où leur fidélité ne leur apporte rien en terme d’élus, et eux aussi se laisser séduire par une offre nouvelle.

    C’est dire si tirer des plans sur les résultats est incertain. Après les législatives, nous aurons en tout cas une idée plus claire de l’état des forces politiques en présence. Pas uniquement d’ailleurs en tenant compte du nombre d'élus obtenus par chacune des trois formations, la « prime au sortant », dont, par définition, ne bénéficie pas Reconquête et peu le RN jouant son rôle, comme le mode de scrutin, avec ce vote majoritaire par circonscription leur profitant aussi. Il faudra en fait analyser l'évolution des scores obtenus par les trois formations entre le premier tour de la présidentielle et celui des législatives pour déceler les dynamiques à venir.

    Cette troisième offre pourrait-elle se pérenniser ?

    Logiquement, durant le reste du quinquennat, le discours conservateur comme la formation politique qui l’appuie vont se structurer, et sur ce dernier plan l’apport à Éric Zemmour de Marion Maréchal, Jean-Frédéric Poisson ou d’autres, pourrait être important. Il faut en effet donner un nom à l’anti-progressisme, un nom qui nous semble être le conservatisme, et qu’il faudrait alors expliciter pour le sortir de l’image d’Épinal d'idéologie d'une bourgeoisie nantie qui voudrait continuer à profiter de ses privilèges.

    Dans la France de 2022, le conservatisme intéresse en effet tous ceux qui ressentent un sentiment de déclassement, qui estiment qu’ils sont jetés malgré eux dans un monde qui n’est plus le leur, qu’ils ne souhaitent ni pour eux ni pour leurs enfants, et qui veulent donc « conserver » un état des choses antérieur. Or ce n’est pas le fait d’une bourgeoisie nantie, celle des métropoles, qui sort financièrement gagnante de la mondialisation. Entre financiarisation économique, nomadisation – dès que la crise sanitaire le permettra à nouveau – pour le travail comme pour les loisirs, libération des désirs, marchandisation du monde et rêves transhumanistes, cette « upper class » ne peut que se retrouver dans ce progressisme que portent  Emmanuel Macron et, de manière à peine différente, Valérie Pécresse.

    La demande conservatrice, elle, est portée par tout le reste de la société autochtone : par les catégories socioprofessionnelles les plus faibles, d’autant plus corvéables à merci qu’elles sont concurrencées par une immigration galopante ; par une moyenne bourgeoisie qui est la vache à lait du système, trop riche pour recevoir des aides, trop pauvre pour bénéficier de l’optimisation fiscale ; par les anciennes élites dépossédées par les parvenus pour avoir cru à leurs valeurs ; par tous ceux qui ne connaissent de la discrimination positive que l’aspect négatif, - voyant leurs enfants écartés des postes et leurs collectivités des aides ; par tous ceux qui subissent le « deux poids deux mesures » dans l’application de la norme, punis sans pitié au premier manquement quand d’autres sont bien vite excusés de leurs violences.

    De cela, même Valérie Pécresse a bien conscience, ou du moins les plus intelligents de ses soutiens, qui lui ont fait signer dans Le Figaro une tribune dans laquelle, autour des questions d'héritage et de transmission, elle tenait un discours éminemment conservateur. Mais on ne fédèrera pas ainsi des conservateurs aussi variés et qui s’ignorent. Pour faire prendre conscience au syndicaliste EDF qui défend l’entreprise d’État et se croit « de gauche » et au petit retraité qui se veut « de droite », au paysan qui tente de subsister sans céder au tout chimique et qui pour cela se croit « écologiste » comme au petit industriel qui met en oeuvre une nouvelle technologie et se veut donc « moderniste », à l’enseignant devenu prolétaire intellectuel et au commerçant qui n’est plus indépendant, qu’en fait ils attendent la même chose : continuer à vivre selon les mêmes règles claires, simples, logiques, non en les figeant, mais en les adaptant prudemment aux temps nouveaux, pour tout cela il faudra plus que des programmes auxquels plus personne ne croit, et plus même qu’un homme, quand bien même le verrait-on providentiel.

    Et c’est ici, pour fédérer ce courant conservateur, pour prouver à ces catégories différentes, qui se sont souvent regardées en chiens de faïence, qu'aujourd'hui elles ont à faire un parcours commun, qu’elles doivent s'allier, non seulement parce que leur survie en dépendrait et qu’il le faudrait – ce qui est effectivement le cas -, mais, au-delà, parce qu’elles ont une approche commune de l’existence, que le conservatisme doit retrouver le populisme. On ne les fédèrera en effet qu’en leur donnant directement la parole, qu’en leur posant des questions ou en leur permettant d’en poser et, au-delà, en respectant leur réponse. C’est en constatant sur le terrain politique leur accord que ces catégories comprendront qu’elles ont des attentes semblables et des rejets communs.  Si les Gilets jaunes ont été un moment de ces retrouvailles, leur revendication d’un référendum d’initiative populaire est la traduction institutionnelle de ce mouvement. Sans sa mise en oeuvre, le conservatisme ne pourra s’opposer à un progressisme dont les moyens d’action – et il n’est que de voir comment il use de la crise sanitaire – connaissent une croissance exponentielle.


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  • l'une venant du Canada : un "sondage" de la société d'intelligence artificielle QOTMII

    deux vérités

    L'autre de l'historien et rabbin juif Alain Michel, dans Europe-Israël :

    Le 12 mars 2020, le rabbin Alain Michel, auteur de « Vichy et la Shoah« , écrivait à Noémie Madar, présidente de l’UEJF, concernant la polémique née des propos d’Eric Zemmour sur Pétain, que nous publions.

    Nous précisons que nous ne partageons pas cette thèse sur Vichy ayant protégé les juifs français car si, en proportion, moins de juifs français ont été exterminés que dans d’autres pays occupés, il nous semble que les raisons qui ont permis aux juifs d’échapper aux nazis sont multiples. Notamment par l’existence de la zone libre, mais aussi de deux frontières avec des pays n’étant pas occupés par les nazis, la Suisse et l’Espagne où de nombreux juifs trouvèrent refuge. cette thèse oublie également le rôle des « Justes », des Français ayant caché des Juifs ainsi que celui de la résistance et des maquis où se cachèrent beaucoup de juifs engagés dans la résistance.


    A noter que le livre d’Alain Michel « Vichy et la Shoah » est préfacé par Richard Prasquier ex-président du CRIF. Révisionnisme selon le CRIF ?

    Jérusalem, Israël, le 12 mars 2020.

    A Mme Noémie Madar, présidente de l’UEJF.

    Chère Madame, c’est bien sûr en tant qu’ancien membre de l’UEJF dans les années 1970, ainsi qu’ancien proche du Rabbin Léon Askenazi, Manitou, président de l’UEJF au début des années cinquante, et dont j’ai dirigé le centre d’études à Jérusalem pendant 4 ans, que je vous écris.

    Mais c’est surtout en tant qu’historien, spécialiste de la Shoah, ainsi qu’amoureux de la vérité et de la liberté. Je viens d’apprendre que vous avez attaqué en justice le journaliste Eric Zemmour pour avoir affirmé que le gouvernement du Maréchal Pétain avait sauvé les Juifs français.

     

    Cette décision de l’UEJF est doublement scandaleuse :

    Même si les propos d’Eric Zemour étaient erronés, ce qu’ils ne sont pas, en quoi cette affirmation est-elle une négation de la Shoah ? Eric Zemmour a-t-il dit que des Juifs qui habitaient en France n’avaient pas été déportés et n’avaient pas été gazés à Auschwitz ? Pas du tout. J’ai attentivement écouté l’émission de CNEWS, et il a même parlé de «l’extermination et des camps nazis», ce qui paraît étrange pour qui est accusé de négation de crime contre l’humanité par l’UEJF.En réalité, l’UEJF a une attitude liberticide qui consiste, en détournant une loi anti-négationniste, d’interdire tout débat historique et d’imposer une vérité historique concernant une question importante, l’attitude de Vichy vis-à-vis des Juifs, mais question qui n’a rien à voir avec la réalité de l’existence de la Shoah.

    Lorsque dans les années 1970, l’historien israélien Yéhuda Bauer a affirmé que le nombre de victimes au camp d’Auschwitz-Birkenau était beaucoup moins important que les 4 millions qui étaient affirmés à l’époque, de nombreux historiens ou encore porteurs de mémoire, notamment au Mémorial de la Shoah à Paris, se sont levés pour dénoncer les propos de Bauer qui réduisaient soi-disant l’importance de la Shoah.

    Tout le monde sait très bien aujourd’hui qu’il y a eu au plus un million 200.000 victimes à Auschwitz-Birkenau. Si la loi Gayssot avait existé à l’époque, l’UEJF aurait-elle traînée le Professeur Bauer devant les tribunaux ? Voilà pourquoi, au nom de la défense de la liberté, il faut dénoncer la démarche de l’UEJF.

    Dans son livre «Le Suicide français», Eric Zemmour, affirmait que Pétain avait sauvé les Juifs français.Remarquons tout d’abord que l’UEJF, qui faisait déjà du confusionnisme en étendant la loi contre le négationnisme à toute forme de débat historique, en remet une couche, puisqu’il semble qu’elle reproche dans sa plainte au journaliste d’avoir «réaffirmé sa théorie selon laquelle Pétain aurait sauvé les Juifs de France». Or ce n’est pas ce qu’affirme Eric Zemmour et j’ai noté dans le débat sur CNEWS que celui-ci a tout de suite précisé «les Juifs français», et non les Juifs étrangers qui étaient alors en France.

     

    On peut être choqué par l’affirmation de cette différence, mais c’était la décision du Vichy de 1940, pas celle des commentateurs et historiens de 2020.

    Dans son livre, Zemmour résume mon propre ouvrage «Vichy et la Shoah» sur deux pages et dès la première présentation de son livre, dans l’émission «on n’est pas couché», le journaliste s’était «défendu» face aux attaques de la journaliste Léa Salamé en se plaçant sous mon «autorité» d’historien qui, par ailleurs, a travaillé avec Yad Vashem depuis 1987, et avec la Marche des Vivants depuis 1990 (et même avec l’UEJF jusqu’à la parution de mon livre).

    Si affirmer que le gouvernement de Vichy (c’est plus exact que Pétain) a protégé les Juifs citoyens français, en en sauvant ainsi un grand nombre, est une affirmation négationniste, je demande donc à l’UEJF de bien vouloir également me traîner devant les tribunaux, ainsi que d’autres historiens français actuels, comme le professeur Antoine Prost ou le professeur Jean-Jacques Berlière, et que l’UEJF demande également que l’on brûle les ouvrages de Léon Poliakov, qui affirmait la même chose dans le «Bréviaire de la haine* dès 1951, ou encore ceux de l’Historien américain Raul Hillberg, qui écrivait la même chose dès le début des années soixante. Si l’UEJF agit comme l’inquisition, qu’elle le fasse jusqu’au bout.

    Au nom de la défense du libre débat sur la vérité historique, il faut dénoncer la démarche de l’UEJF.

    Les palais de justice ne sont pas les lieux où l’on peut trancher de la vérité historique et de sa complexité

    Avec tout le respect que j’ai pour les tribunaux, français ou autres, les palais de justice ne sont pas les lieux où l’on peut trancher de la vérité historique et de sa complexité.

    Les magistrats ne sont pas formés pour cela, et ils n’en ont pas la compétence professionnelle. Le jour où l’Union des Etudiants juifs de France le comprendra, elle pourra peut-être commencer à admettre qu’on ne peut à la fois combattre pour la démocratie et la liberté, et en même temps refuser le débat sur l’histoire et la mémoire.

    © Alain Michel – Dreuz


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  • L’État de droit, dernière victime du COVID

    « Un irresponsable n’est plus un citoyen ». Dans son interview au Parisien, le Président a ainsi institué une nouvelle forme de sanction : la déchéance de citoyenneté pour les Français non-vaccinés. Celle-ci ne sera pas pénale mais sociale, elle fera de vous le bouc-émissaire confortable d’une société hypocondriaque et hygiéniste, elle autorisera les journalistes et responsables politiques à vous insulter et à vous traiter de criminel en puissance, elle permettra que vous soyez privé de salaire, interdit de transports ou de moments conviviaux dans des bars ou restaurants. Elle permettra d’éviter soigneusement toute recherche de responsabilités sur les choix politiques qui ont conduit l’hôpital public à la saturation et au délitement.

    La situation est d’autant plus ironique que ce même Emmanuel Macron balayait d’un revers de main le recours à la déchéance de nationalité pour les terroristes islamistes. « J’ai, à titre personnel, un inconfort philosophique avec la place (que ce débat) a pris, parce que je pense qu’on ne traite pas le mal en l’expulsant de la communauté nationale » disait-il à l’époque. Chacun appréciera la délicatesse philosophique dont le chef de l’État fait preuve à l’égard des islamistes et dont il ne s’encombre pas en l’espèce.

    « Emmerder » les Français, telle est donc la « stratégie » revendiquée du Président qui fait craindre demain l’interdiction pour les nouveaux parias d’accéder aux bureaux de vote. Une inquiétude qui n’a rien d’un fantasme puisque l’amendement prévoyant d’écarter cette hypothèse fut rejeté par le gouvernement lors des débats parlementaires.

    Derrière les débats animés sur la pertinence de telle ou telle mesure sanitaire, un mal plus profond et durable devrait nous interpeller : la mort à pas feutré de l’État de droit, apanage de ce qu’on appelle classiquement la « démocratie libérale ».

    Tous ceux si prompts à brandir l’État de droit comme étendard moral face aux gouvernements polonais et hongrois semblent volontiers s’accommoder de son évanouissement en France. Et si le Président du Conseil constitutionnel, Laurent Fabius, s’est ému récemment de sa remise en cause, ce n’est pas en raison de la crise sanitaire, mais du débat présidentiel lancé par certains candidats sur les dérives antidémocratiques du gouvernement des juges…

    Si ce risque de glissement existe bel et bien, l’État de droit a néanmoins quelques vertus quand il s’agit de protéger le citoyen de l’arbitraire. Il peut se définir comme un système institutionnel dans lequel la puissance publique est soumise en droit. Autrement dit, dans ce type de régime, le pouvoir politique est soumis au juge, censé être le garant du respect de la hiérarchie des normes et, de ce fait, des libertés publiques et individuelles face aux éventuels abus du gouvernement. Pour fonctionner, ce système implique l’égalité des sujets de droit, la séparation des pouvoirs et l’indépendance de la justice.

    Autant de notions mises à mal durant cette période d’état d’urgence sanitaire, devenu permanent depuis deux ans, qui suspend le fonctionnement normal de nos institutions et permet au pouvoir de restreindre des droits et libertés fondamentales telles que la liberté de circuler, de travailler, de commerce et d’industrie, l’inviolabilité du corps humain, le droit au respect de la vie privée ou même le droit à l’éducation puisque dorénavant Jean-Michel Blanquer conditionne l’accès à l’école des enfants cas contacts à trois tests négatifs! Nous savions depuis longtemps qu’en France la séparation des pouvoirs entre exécutif et législatif est un artifice ; rien de surprenant donc à ce que l’Assemblée reste la chambre d’enregistrement servile de l’Élysée, mais, que reste-t-il de cet État de droit quand les juges valident sans sourciller toutes les décisions ou presque de l’exécutif par le biais de contorsions juridiques et intellectuelles surprenantes ?

    Les avis contradictoires du Conseil d’État sont particulièrement révélateurs de ce basculement. Dans son dernier avis en date du 22 décembre, la Cour suprême validait le passe vaccinal, les mesures de contention et d’isolement sur décision des autorités préfectorales, la limitation des rassemblements, le contrôle des pièces d’identité par des personnes non assermentées, etc. Cet avis intervenait pourtant après la déclaration d’Olivier Veran du 18 décembre assumant publiquement que le passage du passe sanitaire au passe vaccinal est une « forme déguisée d’obligation vaccinale ». Or, le Conseil d’État avait explicitement demandé dans un avis précédent à ce que le passe sanitaire ne serve pas d’outil d’incitation à la vaccination. Un tel parjure confirme que ces juges n’assurent plus la protection des libertés démocratiques et pose de sérieux doutes sur leur indépendance.

    De la même façon, le Conseil constitutionnel pourtant s’y prompt à lier abusivement les mains de l’Assemblée, notamment lorsqu’il s’agit de favoriser l’immigration, fut particulièrement timoré sur le sujet, s’en remettant le plus souvent à l’appréciation du législateur. Dans une décision de 2021, le Conseil constitutionnel considérait que le passe sanitaire permettait une conciliation équilibrée entre les exigences constitutionnelles du fait notamment de son application limitée dans le temps. L’on peut donc s’étonner que le Conseil ne trouve rien à redire suite à la déclaration de Jean Castex précisant qu’il n’était « pas prévu de limiter dans le temps le passe vaccinal ».

    Le fervent européen Emmanuel Macron, qui n’hésite pas à faire remplacer le drapeau français par le drapeau de l’UE au-dessus de la tombe de notre soldat inconnu, ne semble pas davantage se soucier de violer la résolution 2361 du Parlement européen, en particulier les engagements 7.3.2 « de veiller à ce que personne ne soit victime de discrimination pour ne pas avoir été vacciné, en raison de risques potentiels pour la santé ou pour ne pas avoir à se faire vacciner, et 7.3.1 «  de s’assurer que les citoyens et citoyennes sont informés que la vaccination n’est pas obligatoire et que personne ne subit de pressions politiques, sociales ou autres pour se faire vacciner, s’il ou elle ne souhaite pas le faire personnellement. » Là encore les conséquences se font attendre.

    Si Emmanuel Macron a jeté son dévolu sur Machiavel comme sujet d’étude lors de son DEA de philosophie, il semble manifestement être passé à côté de Tocqueville, Constant et Kelsen.


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  • dont je suis évidemment ...

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    Ce sera en replay prochainement sur https://www.europe1.fr/politique/direct-michel-onfray-est-linvite-du-grand-rendez-vous-4052642

    Il existe encore des personnages intelligents et lucides en France.

    A propos du wokisme et de l'empire Maastrichien

    extrait de Mollat.com sur le livre de Michel Onfray, "Théorie de la dictature" :

    " Résumé

    A l'occasion des élections européennes de 2019, M. Onfray livre une lecture philosophique et politique de l'oeuvre de G. Orwell (1903-1950), qui préfigure, à ses yeux, une forme de dictature dont l'Europe de Maastricht serait la réalisation. Exposant ses caractéristiques sous la forme de sept commandements, le philosophe avertit que l'écrivain anglais prévoyait son avènement au plus tard en 2050. ©Electre 2022

    Il est admis que 1984 et La Ferme des animaux d'Orwell permettent de penser les dictatures du XXe siècle. Je pose l'hypothèse qu'ils permettent également de concevoir les dictatures de toujours.

    Comment instaurer aujourd'hui une dictature d'un type nouveau ?

    J'ai pour ce faire dégagé sept pistes : détruire la liberté ; appauvrir la langue ; abolir la vérité ; supprimer l'histoire ; nier la nature ; propager la haine ; aspirer à l'Empire. Chacun de ces temps est composé de moments particuliers.

    Pour détruire la liberté, il faut : assurer une surveillance perpétuelle ; ruiner la vie personnelle ; supprimer la solitude ; se réjouir des fêtes obligatoires ; uniformiser l'opinion ; dénoncer le crime par la pensée.

    Pour appauvrir la langue, il faut : pratiquer une langue nouvelle ; utiliser le double langage ; détruire des mots ; oraliser la langue ; parler une langue unique ; supprimer les classiques.

    Pour abolir la vérité, il faut : enseigner l'idéologie ; instrumentaliser la presse ; propager de fausses nouvelles ; produire le réel.

    Pour supprimer l'histoire, il faut : effacer le passé ; réécrire l'histoire ; inventer la mémoire ; détruire les livres ; industrialiser la littérature.

    Pour nier la nature, il faut : détruire la pulsion de vie ; organiser la frustration sexuelle ; hygiéniser la vie ; procréer médicalement.

    Pour propager la haine, il faut : se créer un ennemi ; fomenter des guerres ; psychiatriser la pensée critique ; achever le dernier homme.

    Pour aspirer à l'Empire, il faut : formater les enfants ; administrer l'opposition ; gouverner avec les élites ; asservir grâce au progrès ; dissimuler le pouvoir.

    Qui dira que nous n'y sommes pas ? "


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